Arctique

Mis à jour : 1 déc. 2019


Théâtre de l'Odéon - jusqu'au 10 février 2019 - de et mis en scène par Anne-Cécile Vandalem - avec Frédéric Dailly, Guy Dermul, Eric Drabs, Véronique Dumont, Philippe Grand’Henry, Epona Guillaume, Zoé Kovacs, Gianni Manente, Jean-Benoit Ugeux et Mélanie Zucconi - (c) Christophe Engels

Synopsis copier-coller

Nous sommes en 2025. Demain a déjà commencé. Le réchauffement climatique a fait du Groenland le dernier Eldorado. Libérées par la fonte de la calotte glaciaire, ses formidables réserves d’uranium, de terres rares, de gaz et de pétrole aiguisent les appétits. À bord de l’Arctic Serenity, ancien navire de croisière remorqué vers l’île pour y être transformé en hôtel de luxe, quelques passagers clandestins se sont glissés dans l’espoir de fuir une Europe ravagée par les guerres. Mais le remorqueur abandonne l’Arctic Serenitydans les eaux internationales. Dès lors, rien ne se passe comme prévu. Aux sons d’un mystérieux orchestre, les émigrants du vieux monde partent à la dérive... Comédie futuriste, Arctique, comme Tristesses (le précédent spectacle d’Anne-Cécile Vandalem situé dans un Danemark imaginaire, et qui fut présenté la saison passée à l’Odéon), est à la fois un polar nordique et un thriller politique. Un contrepoint virtuose de théâtre et de vidéo expose les multiples facettes d’un huis-clos maritime à rebondissements, avec vengeances, secrets brusquement dévoilés, personnages lynchiens à double ou triple fond, surgissements de spectres et renversements d’alliances, qui tient en haleine tout en élargissant les perspectives.

Alors ?

"Est-ce que tu crois qu'il n'y a que des écolos dans la salle ?" questionne ma voisine à son voisin. "Oh non" lui répond-il en citant le nom de leur ami, présent deux rangées plus loin. Cette question préliminaire est décalée mais pourtant bien en phase avec le spectacle. Bienvenue à bord du paquebot de luxe navigant proche du Groenland. Le blizzard souffle. Couvrez-vous bien, d'autant plus que les convives qui nous rejoignent sont peut-être les plus à craindre... Ils ont eu la curiosité de répondre présents à une lettre-invitation anonyme. Sur la scène, des personnes hétéroclites se rencontrent, ou plutôt, se retrouvent dans la salle de bal. Le hasard n'existe pas, ils sont là pour une raison. "Artic Serenity" est le nom du bateau mais personne n'est serein. Une militante écologiste y est morte et son fantôme rode encore. Texte policier oblige, les soupçons débarquent et des flottements se font ressentir. Et pas que sur scène. Les blagues sont grossière : la bourgeoise a une petite vessie, et donc a tout le temps envie de faire pipi (roulement de tambour, timbale !), en ouvrant la porte, un personnage donne un coup à un autre, déjà à terre (roulement de tambour, timbale !), on appuie là où ça fait mal (roulement...). Les cris sont surjoués et fréquents. L'interprétation est clownesque en même temps qu'un message politique fort est délivré (le réchauffement climatique - pour ceux qui ne l'auraient pas compris, comme ceux qui ont besoin de bonnes blagues lourdingues). Bref, c'est un peu déconcertant. Le trait comique est trop forcé. Le suspense et la tension, que j'ai trouvés grandiose, sont si bien amenés : la musique, notamment jouée en live, est sublime et la vidéo digne d'un film (un film beau et réussi). La caméra nous amène dans les méandres du paquebot et on saisit les grandes références cinématographiques. De retour sur le plateau, la finesse n'est plus vraiment au rendez-vous. Quel dommage cette dichotomie des ambiances. Sauf pour une scène, surréaliste, pour laquelle j'ai été entièrement séduite. Je savais ce qui allait se passer mais j'ai pourtant été ébahie. Décalé, ce thriller politico-rigolo se regarde sans prise de tête... pourvu que l'on se contente de regarder la surface émergée de l'iceberg.

La petite phrase

"- Je vais crever de soif.

- C'est peut-être mieux que de crever de froid."

Contre-indication

Votre ours en peluche a hanté toutes vos nuits



Pour étaler la confiture

Anne-Cécile Vandalem a déclaré qu'elle ne croit pas que le théâtre puisse pousser quelqu'un à agir car, selon elle, "ce n'est pas de redire le monde à des gens qui le connaissent déjà qui va changer les choses". Alors il vaut mieux en rire qu'en pleurer !