Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été

Mis à jour : 1 déc 2019


Théâtre de la Colline - jusqu'au 1er décembre 2018 - de, mis en scène et joué par Anaïs Allais - avec Méziane Ouyessad et François Praud - (c) Simon Gosselin


Synopsis copier-coller

Comme beaucoup de Français, Lilas et son frère Harwan ont une partie de leur histoire cachée de l’autre côté de la Méditerranée, en Algérie. Une histoire qui bégaie, qui a besoin d’un pont pour aller d’un mot à l’autre. Une histoire nichée dans les plis de la société et dans la mémoire verrouillée de leur mère. Depuis toujours, Lilas a la nostalgie de ce pays qu’elle ne connaît pas, tandis qu’Harwan, lui, s’en désintéresse totalement. Lilas, gravement malade, veut traverser la Méditerrannée et Harwan veut l’en empêcher. Elle a cette singularité de vivre au présent en enquêtant sur le passé, pour poser les pierres de ce futur qu’elle ne connaîtra pas. La rencontre avec Méziane, Algérien vivant en France depuis peu, musicien et professeur d’arabe à ses heures perdues, va venir créer un lien entre ces deux pays qui ne se comprennent pas et cette fratrie qui ne se comprend plus.

Alors ?

Lilas est une femme qui a tout lu sur le pays de ses aïeux : l'Algérie. Elle a besoin de comprendre d'où vient sa famille et quelle est aujourd'hui son identité. Elle apprend que son grand-père était un joueur de foot, un grand nom même puisqu'il a remporté la Coupe de France en 1938 en jouant à l'Olympique de Marseille. Il s'agit d'Abdelkader Benbouali. Il faudra que Lilas s'éteigne pour que son frère, Harwan, se penche sur son passé et le cheminement historique et familial mené par sa soeur. Il devient curieux, à son tour. Il assure la relève en apprenant la langue de sa famille. Ce n'est certainement pas gagné mais il persiste : comme s'il lui devait au moins ça. Il offrira le moment le plus émouvant de la pièce, quand il entonnera une chanson chaâbi pour sa mère, mais aussi en hommage à sa soeur.  Si l'on ne comprend pas les paroles, les tonalités et le contexte dramatique suffisent à toucher le spectateur. Sans dévoiler la fin, j'ai été également émue par leur lâcher prise qui met en transe.  

Celui qui donne des cours de langue arabe, celui qui joue sur scène et celui qui a été la muse de l'auteur est Méziane Ouyessad. Initialement, avant la création de la pièce, il était technicien du son du théâtre nantais le Grand T. L'auteure lui a demandé de donner des cours de prononciation au comédien François Praud, puis elle lui a demandé de jouer sur scène. Aujourd'hui, c'est Méziane qui introduit la pièce, lui donne un accent particulier : "c'est toujours difficile de commencer, surtout dans cette histoire qui est un peu particulière, surtout quand on est en plein dedans". Il est tombé là par hasard, prévient-il. Il récite un peu son texte, à la manière d'un bon élève et restitue le contexte. Je trouve la démarche intéressante car d'une rencontre est née cette pièce, mêlant l'histoire d'Anaïs Allais et d'un technicien, propulsé de l'autre côté. La petite histoire croise la grande pour offrir un spectacle autour du même bassin.


Pour étaler la confiture

Le titre de la pièce est inspiré de la célèbre phrase d'Albert Camus dans son oeuvre "Noces" où il écrit précisément en évoquant la ville de Tipasa : "au milieu de l'hiver, j'apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible"