Construire un feu

Mis à jour : 1 déc. 2019


Comédie-Française - jusqu'au 21 octobre 2018 - de Jack London - mis en scène par Marc Lainé - avec Alexandre Pavloff, Pierre Louis-Calixte, Nâzim Boudjenah

Synopsis copier-coller

Tom Vincent décide de traverser le Klondike dans des conditions climatiques extrêmes, seulement accompagné d’un chien, bravant à la fois les sages conseils d’un vieil Indien et l’instinct de l’animal. Marc Lainé voit dans son inconscience une métaphore remarquable de la façon dont le monde contemporain s’égare dans un combat perdu d’avance. Liant toujours profondément dramaturgie et dispositifs scénographiques, il s’attache à la force immersive de ce texte rare et dense. Il le distribue de façon chorale aux acteurs utilisant un système de tournage et d’incrustation d’images en direct, trois caméras et des maquettes en volume inscrivent le jeu dans la dimension métaphysique qui naît de ces paysages du Grand Nord. Changements d’échelle, alternance d’images panoramiques et de gros plans, tout est « fabriqué » à vue dans ce théâtre qui mêle artisanat du plateau et technique cinématographique. L’enjeu est de mettre en tension la puissance de la langue et sa représentation, le tragique et le poétique – la virtuosité esthétique visant ici une concentration et un dénuement du jeu.

Alors ?

En voilà un spectacle original : un narrateur (Pierre Louis-Calixte) conte l’histoire d’un homme (Nâzim Boudjenah) qui marche avec son chien (Alexandre Pavloff) vers la rivière Klondike par un temps où les températures largement en-dessous de zéro font crépiter les crachats. L'histoire se déroule sur un fond de musique western. Pierre-Louis-Calixte use de gestes pour marquer ce que Nâzim Boudjenah ne peut raconter. Il est parti sans imaginer la grandeur de la nature et ses codes à respecter. L’animal n’hésitera pas à se montrer déloyal vis-à-vis de son maître s’il croise la route d’un homme plus chaleureux. Une affaire d’instinct, en somme. La petite scène du studio-théâtre n’a pas eu froid aux yeux du Marc Lainé : on est surpris par les effets qui rendent les péripéties réalistes. Pas adepte de la vidéo sur scène, j'ai trouvé cette fois son utilisation judicieuse, donnant mouvement et profondeur aux comédiens. Les trois caméras ne sont pas non plus indispensables mais donnent du mouvement aux comédiens. Le public est filmé (peut-on y échapper?), ce qui permet aux plus malins de faire avec leurs doigts le signe V sur grand écran. On retiendra surtout les moults tentatives de se réchauffer en se frictionnant et en se tapant les bras et les doigts. Alexandre Pavloff a un déhanché qui ferait pâlir n’importe quel chien de traîneau. Nâzim Boudjenah n’a pas beaucoup de texte mais il captive totalement notre attention. Le spectateur est totalement en empathie avec celui qui n’a pas écouté les conseils des anciens. Il accumule les erreurs, on grince des dents, on est tenu en haleine, on frissonne, on ouvre la bouche pour manger le biscuit. Seul, il parvient à allumer plusieurs petits feux mais commet des erreurs. Il manque parfois de méthodes. Ça glace le cœur.


La petite phrase

"Les anciens, certains ne sont que des femmelettes"


Contre-indication

  • Gla gla gla

  • Vous vous êtes retrouvé comme un poulet décapité et votre chien vous a abandonné