Déjà la nuit tombait (fragments de l'Iliade)

Mis à jour : 1 déc. 2019


Théâtre de Gennevilliers - jusqu'au 23 juin - d’après Homère - conception Daniel Jeanneteau - dans le cadre de ManiFeste – 2018 festival de l’Ircam

Synopsis copier-coller

C’est la tombée du jour, Priam traverse le paysage avec un âne. Il vient chercher le corps de son fils dans la tente d’Achille. Nul ne le voit venir, à l’abri de son âge, insignifiant. Il n’a pas mangé depuis la mort d’Hector. Il n’a pas dormi non plus. Cela fait onze jours. Achille le découvre à ses genoux, le relève avec stupeur. Pendant un instant, protégés par le sommeil de toute une armée, deux êtres se regardent. Rien ne les rattache plus aux lois extérieures, aux haines apprises. Ils inventent un moment qui n’est qu’à eux, fait d’admiration et de larmes. Des siècles de fureur machinale se précipitent dans leurs regards brûlés, et s’éteignent : en eux, l’espèce se reconnaît. Ils se taisent, se regardent, mangent, dorment. Leur insignifiance commune représente l’exact contrepoids de tout le tumulte qui l’a précédée.

Alors ?

"Ce que vous allez voir n'est pas vraiment un spectacle mais une créa-danse". Les mots de Daniel Jeanneteau ne vous mettent pas en confiance ? Pour ma part, l'excellence de sa mise en scène de la pièce "La ménagerie de verre" a titillé ma curiosité pour aller voir quelque chose de... différent.

Le spectateur cartésien qui s'attend à entendre un dialogue, à apprécier un jeu d'acteur et à avoir une place confortable, ne sera absolument pas satisfait. Pas de texte, pas de comédien, pas de siège. Il est invité à faire partie de la performance en déambulant dans la salle. Brouillant la frontière public/spectacle, le premier fait partie du second. Très statique est la réaction normale de l'Homme qui regarde et qui ne sait pas où aller dans la salle (ou plutôt pourquoi y aller). Parqué au fond, contre un mur, le naturel revient au galop avec la reconstitution d'un bloc monolithique (c'est-à-dire le public) faisant front pour rétablir l'ordre des choses. Les danseurs se faufilent parmi les spectateurs qui laissent timidement le passage. Ils appuient leur regard mais les regards portés sur eux sont détournés. "Je lui tranche la tête" pouvons-nous entendre. L'étrangeté de la situation crée une ambiance désagréable et incompréhensible. Est-il nécessaire de préciser que, pour ma part, je reste hermétique face à un homme qui se roule dans le sable, face à un homme nu qui fait le scarabée et face à un âne qui entre en scène ? Et je n'ai aucun problème avec cette indifférence-là. Difficile de définir un tel spectacle mais je crois qu'il est surtout inutile de vouloir le faire.