De si tendres liens

Mis à jour : 1 déc. 2019


Lucernaire- jusqu'au 20 octobre 2018 - de Loleh Bellon - mis en scène par Laurence Renn Penel - avec Christiane Cohendy et Clotilde Mollet

Synopsis copier-coller

Dialogue à fleur d’émotion entre une mère et sa fille, rapports complexes entre l’une et l’autre, de si tendres liens faits de fascination, d’amour et de rejet. Voyage intérieur et immobile dans la mémoire de Jeanne, la fille, peuplée de souvenirs déformés par le temps. Présence-absence au quotidien, frustrations, incompréhension mutuelle, mais au-delà de tout cela, la force immense de ce lien indéfectible. Chacune semble constamment se chercher dans l’autre, et n’en finit pas de regarder dans ce miroir. Les époques se confondent, se succèdent dans le désordre, comme la montée des souvenirs d’une vie. Entre drôlerie et délicatesse, cocasserie et profondeur, on est sous le charme de cette méditation sur le sens de la vie.

Alors ? 

Dès les cinq premières minutes, la gorge se noue face à une mère (Christiane Cohendy) qui dit à sa fille (Clotilde Mollet) qu'elle ne sait plus si elle a réussi à dormir.

Difficile de ne pas penser à sa propre mère et ses bisous bruyants avant d'aller se coucher ou encore les questions qui ne se posent qu'avant de s'endormir : "Tu m'aimes ? Mais comment ? Comme ça ?". Impossible de ne pas sentir son odeur quand la comédienne se maquille, fait des grimaces et écoute d'une oreille lointaine les complaintes de sa fille. Evidemment, on la voit se préparer pour sortir, la trouver irrésistiblement belle, vouloir lui ressembler, imiter ses manières, pour les reprendre involontairement une fois adulte. Qui n'a pas dansé devant elle pour l'entrainer dans un fox trot mal calibré afin de l'empêcher de ranger la baraque ? Tout les prétextes sont bons pour attirer constamment son attention. Le spectacle est un vice-versa : telle mère, telle fille. Telle fille, telle mère. Ce n'est plus la fille qui s'inquiète de voir sa mère sortir le soir, mais la mère qui demande des comptes à sa fille. Ce n'est plus la mère qui rassure sa fille dans le train, c'est la fille qui embrasse tendrement sa mère avant le voyage. Les angoisses sont vécues par chacune. Les deux paravents en verre dressés sur scène permettent au duo de revivre les moments précieux vécus ensemble. Le lampadaire s'éteint, un flash-back s'opère. Tout le mobilier est en fer, immuable malgré le temps. Le jeu de lumière, sobre et délicat, à l'image des deux comédiennes, offre une ambiance intime et presque un peu lointaine, dépouillée d'accessoires inutiles. "Reste cinq minutes" lui demande la mère, désormais trop âgée pour avoir un réel but lorsqu'elle sort de chez elle, voilà presque le temps qu'il a fallu au public pour applaudir. Je crois que l'émotion et le besoin de penser à la nôtre méritait un tel silence puis le tonnerre d'applaudissements.


La petite phrase 

"J'ai beau être sa mère, je peux être lucide. L'un n'empêche pas l'autre."