Ex anima

Mis à jour : 1 déc. 2019


Théâtre équestre Zingaro - jusqu'au 3 mars 2019 (puis en tournée à Béziers, Lyon, Bordeaux, Brest et Toulon) - conception, scénographie et mise en scène par Bartabas

Synopsis copier-copier

Voilà presque trente ans qu’au cœur de l’Aventure Zingaro les chevaux vivent et travaillent à nos côtés. Ils sont les inspirateurs de nos créations, notre moteur de désir. À leur contact, nous avons appris à nous ensauvager pour recevoir les leçons qu’ils ont bien voulu nous enseigner et comprendre qu’ils sont une ‘‘partie mémorielle de nous-mêmes’’ . Pour cette ultime création, je souhaiterais les célébrer comme les acteurs véritables de ce ‘‘théâtre équestre’’ si original… Montrer un rituel sans mémoire, une cérémonie où le spectateur se surprendra à voir l’animal comme le miroir de l’humanité. Pour cela nous devons apprendre à nous dépouiller de notre ego, de notre corps individuel au profit d’un corps partagé, anonyme… N’être plus qu’une présence en retrait et devenir des ‘‘montreurs de chevaux’’ et avec eux, défricher des terres nouvelles…

Alors ?

Passé le chapiteau de bois qui abrite le restaurant du théâtre équestre, le spectateur découvre une enceinte couverte de sable noir, délimitée par de petites bougies. Des consignes sont données, notamment de sécurité. Une tension se crée dans le public. Le spectacle commence dans la pénombre : quelques lumières s'allument pour éclairer les chevaux, entre-temps entrés dans le manège. Nous ne pouvons applaudir, selon les règles du lieu et tant mieux, cela briserait l'ambiance quasi-mystique qui s'installe. Chaque scène mêle sobriété et puissance. Difficile de parler de numéro à proprement parler, il ne s'agit absolument pas d'un cirque traditionnel (et, pour moi, compte tenu de la scène finale, pas vraiment un spectacle à aller voir avec les neveux/nièces, sauf à accepter d'expliquer sur le chemin du retour pourquoi le grand étalon rugissait de plaisir). Il serait plus juste de parler de tableau compte tenu de la poésie qui se dégage des séquences. Les chevaux sont maîtres du cirque. Ils sont libres. Plus libres que n'importe quels comédiens. Ils sont les stars en étant eux-mêmes. Ils jouent, se mordillent, se couchent, se frottent au sol. Ils laissent voir leur caractère et leur humeur du soir. Les chevaux sont splendides et très impressionnants surtout lorsque l'un d'eux refuse de finir le numéro et met un cou de sabot à un homme de la troupe. Chaque spectacle doit être différent et fascinant. J'ai été envoûtée. Il n'est pas nécessaire - si je puis l'écrire ainsi - d'avoir des prérequis chevaleresques. Si le sens de certains tableaux peut être nébuleux, la beauté des bêtes est saisissante. Outre les chevaux, les ânes, les loups, les colombes et une oie seront à l'honneur. Volontairement en retrait, l'homme ne se fait pas remarquer. Il laisse faire la nature et voilà un message fort. Quel hommage aux chevaux en qui la confiance est donnée. La musique accompagne l'imprévisibilité du spectacle. Les différents instruments "à souffle" dépaysent et évoquent des chants dignes de cérémonies de lointaines contrées. A la fois sauvage et intellectuel, animalier et humain, ce spectacle laisse des images en tête et fait réfléchir, sans dire un seul mot. Chapeau.

Bartabas, à propos de ce spectacle, parle d'une ultime création. Profitez de la prolongation du spectacle, avant qu'il ne soit trop tard !