Iliade / Odyssée

Mis à jour : 1 déc. 2019


La Scala - jusqu'au 2 juin 2019 - d'après Homère - mis en scène Pauline Bayle - avec Manon Chircen, Soufian Khalil, Viktoria Kozlova en alternance avecNajda Bourgeois, Mathilde Méry, Loïc Renard - (c) Blandine Soulage

Synopsis copier-coller (Iliade)

D’un côté les Grecs, de l’autre les Troyens. 24 chants et 15 337 vers pour raconter six jours et six nuits d’une guerre qui dure depuis neuf ans et ne se terminera qu’un an plus tard. Des destins multiples qui s’entremêlent dans un mouvement allant de la colère teintée de fer à la compassion trempée de larmes.

Synopsis copier-coller (Odyssée)

Après dix années de guerre à forger sa valeur dans le fer et la douleur, Ulysse veut rentrer chez lui. En quittant les rives de Troie, il espère, et comment ne pas le comprendre, que le retour sera aussi prompt que la guerre a été longue. Mais aujourd’hui il s’interroge : voilà neuf ans qu’il erre en vain sur la mer et que sa terre natale se dérobe sans cesse sous les plis des eaux tortueuses. Alors Ulysse s’inquiète : et s’il avait traversé une guerre dont on ne revient pas ? Et si, malgré sa valeur, il n’avait pas de quoi payer le prix du retour ?

Alors ?

Le spectateur soucieux d'être à l'heure pour s'imprégner de l'atmosphère de la salle avant le début du spectacle sera décontenancé. Le placement est libre mais inutile d'arriver trop tôt au risque de trouver portes closes. La pièce débute à l'heure mais dans le hall, au beau milieu du public éparpillé. Cette entrée en matière par l'immersion m'a laissée pantoise. Oui, je fais partie de ces spectateurs méticuleux qui arrivent trop tôt. Ainsi, je grommelais encore quand les comédiens ont commencé leur scène. Passé le prologue, nous sommes invités à présenter nos billets pour entrer dans la salle. Ces dix minutes de battement laissent le temps aux derniers spectateurs de totalement décrocher de l'histoire, s'ils étaient parvenus à y adhérer. L'effet de surprise totalement estompé, une musique guerrière tente de maintenir en haleine. Pour nous accueillir, une femme est assise derrière une rangée de quatre chaises. Nous ignorons qui elle peut être. Deux grandes affiches, peintes grossièrement, rafraîchissent la mémoire : d'un côté les Grecs sont énumérés (Achille, Ulysse, Diomède, Phénix, Ajax-Le-Grand, Patrocle), de l'autre ce sont les Troyens (Hector, Andromaque, Hécube, Hélène, Priam). Cinq comédiens (Manon Chircen, Soufian Khalil, Najda Bourgeois, Mathilde Méry et Loïc Renard) entament les récits de guerre et incarneront tour à tour les personnages, sans distinction de sexe. Les récits s'enchaînent et les mots font éclater la violence. Pourquoi diable le spectacle n'a-t-il pas commencé ainsi, virevoltant ?

Les comédiens portent des vêtements ordinaires (jean, basket, t-shirt) aux teintes très foncées pour l'Iliade et plus bleutées pour l'Odyssée. La banalité de leurs costumes se mêlera à l'originalité de la mise en scène qui utilise des artifices simples mais terriblement efficaces : peinture, paillettes, poudre, feu. La force de la mise en scène de Pauline Bayle est d'évoquer grandement en économisant les moyens. Des images s'imprègnent dans notre mémoire. L'Iliade tournoie et joue le décalage : un plateau foisonnant et épuré, un texte entre le registre tragique et comique. Le récit antique est mis au goût du jour pour une durée très raisonnable de trois heures, scindée en deux parties. La langue d’Homère n’est pas respectée pour plus de contemporanéité dans les dialogues. « Coucou » entendrons-nous Héra saluer Zeus. Les manigances des dieux de l'Olympe sont traitées avec légèreté et humour. Ils sont des clowns. Aussi, on écoute le rap de Poséidon, tandis qu'Héra se trémousse avec la chevelure d'Aphrodite. Le chant n'est qu'un intermède qui peaufine le rythme soutenu du spectacle, du moins la première partie. L'Odyssée est plus sage, moins tonitruant à certains égards. Si j'ose l'écrire, c'est presque le calme après la tempête. Le caractère loufoque a été emporté par les flots et ne remontera pas à la surface. Si l'Iliade a été créé en 2015, l'Odyssée est sorti des eaux deux ans plus tard. Cela se ressent : l'Iliade est fougueux, l'Odyssée prend plus de recul, laissant notamment place au poids des silences. La troupe est toujours aussi investie, difficile d'ailleurs de ne pas admirer leur énergie. Brillant et sanglant, le diptyque homérique est percutant et didactique.


La petite phrase de l'Iliade

"Les larmes ne font pas revenir les morts"


La petite phrase de l'Odyssée

"Pour nous petites aumônes, pour eux grande joie"