L'abattage rituel de Gorge Mastromas

Mis à jour : 1 déc. 2019


Vu à la Scierie dans le cadre du Festival OFF d'Avignon - de Dennis Kelly - mis en scène par Guillaume Gatteau - avec Philippe Bodet, Emmanuelle Briffaud, Gilles Gelgon, Frédéric Louineau et Arnaud Ménard

Synopsis copier-coller

Gorge est entré dans la vie par la petite porte et a de suite trouvé place dans la grande monotonie universelle. Parents habituels, école commune, collège fadasse, émois banals. Et tout autour, Le Monde, avec des gens brillants, des amours possiblement incroyables, des avions pour tous les continents. Un monde facile, un monde de hyènes. Mais bon. Gorge est moral. Gorge fait le bien. Spectateur falot de son incapacité molle à choisir, il sent la joie se fendiller peu à peu en lui pour laisser place à une obscurité amère. Pourtant, un jour, le temps d'une seconde, Gorge va faire basculer sa vie en forçant son destin, pour la puissance et pour le pire. L'aboulie fera désormais place au mensonge, au sacrifice : il s'invente trois règles d'or pour ne plus jamais avoir à choisir, trois règles pour sauver sa peau. A tout prix.

Alors ?

"Gorge Mastromas fut conçu le 15 juillet 1972". C'est ainsi que l'anti-héros de la pièce est présenté, par deux narrateurs (Philippe Bodet et Frédéric Louineau). Par des adresses directes au public, l'enfance et l'adolescence de Gorge (Gilles Gelgon) sont jetées en pâture au public. L'humour noir et cynique grince. Jusque là, rien de très anormal. Un jour, au travail, Gorge Mastromas va avoir une révélation, un déclic, face à un requin du monde des affaires. Les rouages des manigances lui sont exposées, il en tire immédiatement des conclusions. Le mensonge devient son super pouvoir afin de régner sur le monde. Pour cela, il se fixe trois commandements, trois règles d'or qui le guideront toute sa vie et le conduiront - surtout - à sa perte :

  1. Quand tu veux quelque chose, prends-le ;

  2. La seule chose requise pour prendre ce que tu veux c’est ta volonté absolue et ta faculté de mentir ;

  3. Ne pense jamais aux conséquences. Ne regrette jamais.

Des saynètes illustrent les narrations pour exposer celui qui va se transformer en véritable monstre. La machine infernale embrayée par Mastromas donne le tournis. Par ses manigances, il deviendra très riche, écrasant tout le monde sur son passage sauf sa collaboratrice, Louisa (Emmanuelle Briffaud), qui commence à y voir clair dans son jeu ("dis quelque chose qui soit vrai" lui lance-t-elle le défi). Son personnage détestable lui vaut mieux la qualification de véritable ordure. La question qui se pose est précisément : "jusqu'où ira-t-il ?". Si vous n'avez pas la nausée, si vous n'êtes toujours pas dégoûté, pas d'inquiétude : ce n'est pas ça le pire !

Soyez en forme pour voir ce spectacle qui demande de suivre cette frénésie et les manipulations intraitables de Gorge Mastromas. La scène se module astucieusement avec des panneaux argentés qui délimitent de nouveaux espaces de conquête. Le jeu impressionnant de Gilles Gelgon, sa verve et son physique, rend le personnage d'autant plus impressionnant et fascinant de monstruosité.

La petite phrase

"Bonté ou lâcheté ? à vous de décider."