L'Heureux stratagème

Mis à jour : 1 déc. 2019


Comédie-Française - jusqu'au 4 novembre 2018 - de Marivaux - mis en scène par Emmanuel Daumas - avec Éric Génovèse, Jérôme Pouly, Julie Sicard, Loïc Corbery, Nicolas Lormeau, Jennifer Decker, Laurent Lafitte et Claire de La Rüe du Can

Synopsis copier-coller

L’intrigue se noue entre la Marquise, délaissée par son amant le Chevalier qui s’est épris de la Comtesse, elle-même amoureuse de lui et qui repousse désormais Dorante. La Marquise échafaude alors avec Dorante un stratagème : ils feindront de s’aimer, et même de vouloir se marier, afin d’aiguiser la jalousie de ceux qu’ils chérissent. Se jouent dans une symétrie magistrale les noces de Lisette et d’Arlequin, liées à celles des maîtres.

Alors ?

Le théâtre du Vieux-Colombier n'est pas en chantier, mais c'est tout comme. Des bâches très grossièrement peinturlurées ne peuvent avoir pour fonction que d'enlaidir le plateau. Les lumières blanches changent sans raison apparente. Le blanc immaculé du dispositif bi-frontal ne ravit même pas Nicolas Lormeau qui peste sur la peinture fade, sans relief. Chevalier en jogging, Frontin avec un Eastpak, les costumes auraient pu être sponsorisés par H&M pour parfaire une mise en scène grossière. Enfin, Billie Holliday n'a rien à faire là. Sa chanson "you go to my head" fredonnée bien trop de fois casse le rythme. Voilà le très heureux stratagème : qu'importe ces manies un peu ridicules du théâtre contemporain - serais-je tenter d'écrire - pourvu qu'on ait Marivaux et les comédiens du Français. Histoire marivaudienne par excellence - bien que la pièce ne marque pas non plus l'esprit - où les maîtres décident une chose et les valets suivent gaiement jusqu'à ce que tout rentre dans l'ordre. Au départ, il n'est pas question d'amour mais "d'une petite douceur à se voir", c'est-à-dire tromper son partenaire. La Comtesse (Claire de La Rüe du Can) et la Marquise (Julie Sicard) montrent qui est le sexe fort et comment elles parviendront à leur fin. L'une est plus enfantine car ses désirs d'infidélité lui font perdre la raison quand l'autre est plus froide et concocte sa vengeance. Le très délicieux Chevalier Damis (Laurent Lafitte) manque un peu d'esprit mais bong, on l'excuse parce qu'il est gascong. Dorante (Jérome Pouly), entre colère et désespoir, éclat de rire et maîtrise du sang froid, donne le ton à la pièce. Frontin (Éric Génovèse) est le personnage le plus surprenant : tel un écolier avec un cartable sur son dos, il remplit sa mission et communique sa jubilation. Le couple Arlequin-Lisette fonctionne à merveille (Loïc Corbery et Jennifer Decker). Une mention particulière à Loïc Corbery doit être soulignée : sa naïveté en est presque émouvante. Enfin, Blaise (Nicolas Lormeau) que l'on ne voit malheureusement pas beaucoup est ce jardinier terre-à-terre qui apporte une touche rustique à la pièce.


La petite phrase

"Vous me haïrez si je vous disais la vérité"


Contre-indication

  • Une femme infidèle doit mourir en efer ;

  • Vous périclitez devant un pot Tollens.