L'Oncle Vania fait les trois huit

Mis à jour : 1 déc. 2019


Théâtre de Belleville - jusqu'au 31 mars 2019 - de Jacques Hadjaje - mis en scène et scénographie de Anne Didon et Jacques Hadjaje - avec Ariane Bassery, Isabelle Brochard, Sébastien Desjours, Anne Dolan, Delphine Lequenne, Laurent Morteau et Jacques Hadjaje en alternance avec Pierre Hiessler - (c) Pierre Dolzani

Synopsis copier-coller

Aujourd’hui, en France. Des comédiens amateurs, tous employés d’une même usine, répètent Oncle Vania de Tchekhov. La crise survient. L’usine est menacée de fermeture. Dès lors, faire du théâtre a-t-il encore un sens ? Est-ce un luxe inutile ou un indispensable combat pour la vie ?

Alors ?

Dans une usine du Limousin, un atelier-théâtre naît pendant que la production de robinetterie Dieuleveut se meurt pour être délocalisée en Chine. Chaque année des ouvriers (Anne Dolan, Delphine Lequenne, Jacques Hadjaje), un prêtre-ouvrier (Sébastien Desjours) - certainement le dernier du coin - et une cadre, Jeanne (Isabelle Brochard), préparent une pièce pour la présenter à leurs camarades. Aujourd'hui, une jeune femme rejoint la troupe. "C'est là, le théâtre ?" demande l'intéressée, Clara (Ariane Bassery). Elle en ressortira fébrile, on l'encouragera d'un "tu peux faire du progrès tellement tu es mauvaise". Le langage est sans filtre, nature et direct : "c'est nous qu'on est fort". Trop fort au point que cette année, ce sera une grande pièce, une de Tchekhov... Tchekhov... Il y a de quoi en désespérer plus d'un, et pas qu'un Russe. C'est l'Oncle Vania. Ils s'y attellent autour d'une table, ils tentent de travailler le texte. Rien d'évident. Ils ne comprennent pas tout à la pièce, comme on ne comprend parfois pas la vie. Touchants sont ces prolétaires d'aujourd'hui qui se réunissent encore pour manier les mots ensemble. La vie doit être laissée derrière le rideau en plastique. Ici, c'est le théâtre. Derrières sont les problèmes, devant est la scène. Les comédiens sont très bons pour faire semblant de jouer les amateurs et de piétiner. Il est très amusant de voir leur dévouement, leurs trous de mémoire, leur manière de surjouer mais toujours empreinte de bonne volonté. Poétique et réaliste, cruel et contemporain, les ouvriers attachés à leur machine, qui adopte leur langage, qui les embrasse chaque jour, voient tout d'un coup leur bien-aimée partir entre les mains des Chinois, sans état d'âme. Derrière le rideau, la dure réalité de la désindustrialisation de la France, devant la scène, Tchekhov rappelle la fin d'un monde. Finalement, la frontière est très mince.