La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable

Mis à jour : 1 déc. 2019


Théâtre de Dijon Bourgogne - jusqu'au 6 octobre 2018 - de et mis en scène par Céline Champinot - avec Maëva Husband, Elise Marie, Sabine Moindrot, Claire Rappin, Adrienne Winling

Synopsis copier-coller

Sur le terrain multisport de leur quartier, cinq jeunes se retrouvent pour en découdre avec Dieu. À la sortie du caté, ces scouts d’Europe, cultivés à la Bible, à la science-fiction et aux émissions télé de politique internationale, sentent bien qu’il y a un problème. Vu la catastrophe écologique planétaire, il pourrait être pertinent de reconsidérer la domination de l’homme sur la nature et les animaux, d’interroger la définition du bien et du mal, non ? Pour comprendre ce rapport au monde, allons voir ce qu’assignait la Bible, il y a 4000 ans déjà. Avec leurs tenues sorties des fonds de placards, les scouts rejouent les épisodes de la Genèse : création, Eden, déluge, Noé, exode. Leur Babel est la ville de Shanghaï qu’ils fuient pour Djibouti, une planète à coloniser peuplée d’autochtones et de moutons électriques. Sur ce champ de bataille interstellaire où combattent humains et humanoïdes, il est question du vivant, de ses origines et de son extinction. Lignes au sol, grillages et chaises d’arbitres deviennent frontières, murs et miradors : l’apocalypse est annoncée, « la terre est plate et Dieu est mort ». Depuis Vivipares et son second épisode(Posthume) qui ont enflammé les éditions 2015 et 2016 de Théâtre en mai, la fantasque Céline Champinot – artiste associée au TDB, sonde les histoires de l’humanité à travers un prisme pop, politique et poétique. Sous l’inspiration de la SF de Philip K. Dick, son écriture musicale et ciselée, extrêmement documentée, est ingérée puis proférée, chantée, dansée par cinq actrices dégenrées. Ce n’est pas la fin du monde, c’est un cri au plafond des ciels.

Alors ?

C'EST UN SPECTACLE OÙ IL FAUT AVOIR LES OREILLES SOLiiiiiiiDES. Les comédiennes hurlent leur texte et cassent la monotonie à fort volume par des tonalités aiguës. Disons-le franchement : ça passe ou ça casse. L'idée de reprendre littéralement la Bible pour en faire un pamphlet sur l'écologie, le droit des femmes à maîtriser leur corps ou encore les risques liés au transhumanisme, disons-le encore clairement : ça passe ou ça casse. Entre terre et ciel, la pièce utilise la trame d'un texte sacré pour faire de la politique. Le spectacle propose les prémisses de la contestation des scouts ou leur envie de construire une utopie. 1h45, c'est court pour traiter de ces vastes sujets mais long dans une mise en scène qui épuise le spectateur. Visuellement, c'est un joyeux bordel organisé où l'on hésite entre la salle de jeu et le gymnase scolaire. Quelques chants offrent un peu de repos bien accueilli. Dieu merci, le jeu des comédiennes est remarquable. Elles endossent avec aisance plusieurs personnages sans jamais délaisser le ton sarcastique. C'est complètement barré et si le public ne s'y attendait pas, il a dû porter sa croix.


Contre-indication

  • Scout toujours !

  • Vous êtes un humanoïde.