Les Fourberies de Scapin

Mis à jour : 1 déc. 2019


Comédie-Française - jusqu'au 19 mars 2019 - de Molière - mis en scène par Denis Podalydès - avec Bakary Sangaré, Gilles David, Adeline d'Hermy, Benjamin Lavernhe, Claire de La Rüe du Can, Didier Sandre, Julien Frison, Gaël Kamilindi, Jean Chevalier, Élise Lhomeau, Birane Ba, Pauline Chabrol et Léa Schweitzer

Synopsis copier-coller

La scène se passe ici à Naples, porte ouverte à l’imaginaire maritime, tendue vers l’Orient. Face à deux pères autoritaires, deux fils aux amours contrariées s’en remettent au rusé Scapin, habité d’une folle énergie de revanche, double de Scaramouche, acteur italien à la vie aventureuse que Molière admirait. « À vous dire la vérité, il y a peu de choses qui me soient impossibles, quand je m’en veux mêler », déclare le valet bouffon dont le nom, comme le rappelle Denis Podalydès, vient du verbe italien scappare qui signifie « s’échapper », « s’envoler ». S’il reçoit des coups de bâton, il en rend tout autant et déploie, dans un climat de demande de rançon et de contrariétés paternelles, une avalanche de stratagèmes et autres fourberies que l’auteur excellait à peindre.

Alors ?

Incontournable pièce étudiée, vue et revue aux temps des bancs scolaires, ce grand classique ne s'oublie pas. Preuve que le temps ne chamboule pas tout : Les Fourberies de Scapin se regarde toujours avec autant de plaisir. Que dire si elle est jouée par la troupe de la Comédie-Française, si excellente ? A l'exception du film "Le sens de la fête", d'Eric Toledano et Olivier Nakache, le comédien Benjamin Lavernhe ne m'avait pas réellement tapé dans l’œil. Surgissant d'en dessous des planches, la gueule enfarinée, un peu crade, les cheveux en pétard, Benjamin Lavernhe interprète Scapin avec évidence. Il est nu comme un vert de terre et traîne de belles casseroles. On fait appel à ses services pour sortir les gens de la mouise. Il use de stratagèmes, de ses fameuses fourberies. Il a juré qu'il arrêterait. Mais deux jeunes garçons, Octave (Julien Frison) et Léandre (Jean Chevalier), ont eu l'outrecuidance de nouer des relations et plus si affinités, respectivement avec Hyacinte (Claire de La Rüe du Can) et Zerbinette (Adeline d'Hermy), sans juger bon d'en informer leur pater familias, Argante (Gilles David) et Géronte (Didier Sandre). La colère de ces derniers gronde : impossible de défier ainsi une telle autorité, encore moins pour des unions avec des filles d'aussi basses conditions. Mais puisque "la tranquillité en amour est un calme désagréable", Scapin reprend du service plein d'ardeur pour aider cette jeunesse et la venger. Il dépense son énergie pour soutirer de l'argent aux victimes, offrant des scènes grandioses : Silvestre (Bakary Sangaré) mettant un peu trop de cœur dans ses menaces envers Argante ou Scapin frappant sans relâche le sac dans lequel Géronte avait trouvé refuge. Point d'orgue de la pièce, le public encourage le fourbe à battre de plus belle. Scapin ne peut qu'être empreint de folie pour continuer cette violence ubuesque tout en interprétant avec brio autant de personnages. On soutient ce roublard et on fanfaronne avec lui. Scapin nous emporte et nous fait rire comme des gamins. Quel bonheur ! C'est un jeu très affirmé où les gestes sont rois et les grimaces reines. Loin de basculer dans la grossièreté, la farce s'en trouve grandement renforcée. Une vraie leçon pour le théâtre populaire !

La petite phrase

"Parbleu, Monsieur, je suis un fourbe ou je suis un honnête homme ; c'est l'un des deux."

Contre-indication

  • Vous vous êtes mariés en douce ;

  • Vous ne supportez pas les galères.



Pour étaler la confiture

Le décor représente le fond d'une cale du port de Naples. Éric Ruf, administrateur général de la Comédie-Française et en l'espèce scénographe, a volontairement cantonné l'espace de jeu à l'avant-scène pour rappeler qu'à la création de la pièce, le théâtre du Palais-Royal était en travaux.