Les hérétiques

Mis à jour : 1 déc. 2019


Théâtre Dijon Bourgogne - jusqu'au 9 février 2019 - de Mariette Navaro - mis en scène par François Rancillac - avec Christine Guênon, Andréa El Azan, Yvette Petit, Stéphanie Schwartzbrod et Lymia Vitte - (c) Christophe Raynaud de Lage

Synopsis copier-coller

Une femme dans le désarroi, perdue dans le noir. Cette citoyenne lambda qui ne sait plus à quel saint se vouer, qui veut agir, a rendez-vous avec trois femmes. Des militantes qui ont réfléchi aux rapports entre État et religions, à ce qui les sépare, à ce qui les confond. Des affranchies qui ont choisi de suivre leurs opinions, leur liberté de conscience contre tout conformisme. D’immortelles hérétiques condamnées, jetées aux lions, au bûcher. Des Sorcières ? En ces temps obscurantistes où la laïcité est brandie de part et d’autre pour lutter « au nom de la République » contre une prétendue islamisation, un certain antisémitisme, de quoi cette résistible stigmatisation est-elle le nom ? D’où le religieux et le politique, inévitablement, s’en prennent au corps des femmes ?

Alors ?

Une femme désoeuvrée (Stéphanie Schwartzbrod), qui ne croit plus à l’éclairage public, erre dans le public à mesure que la pénombre arrive. Elle se retrouve dans la fumée, où des voix peu rassurantes l’accueillent. Ce sont des sorcières, des imprévisibles terrifiantes. Elles répondent au nombre de trois et elles occupent une sorte de salle de classe carbonisée, le sol jonché de terre volcanique noire craquelée. L’instruction publique n’est pas à ses heures de gloire. Les discours religieux et laïcards s’opposent farouchement, les derniers reprochant à la religion de toujours empêcher quelqu’un de faire quelque chose. Chaque camp fait du prosélytisme. Chacun prêche pour sa paroisse. Il y a « deux France ». Les sorcières avertissent l’épeurée du sort que les religions ont pu réserver aux femmes. « Ne me prenez pas pour une idiote, vous me parlez de choses qui n’existent plus » leur tient tête la femme d’une blondeur tranchante. Elle est le personnage le plus intéressant de la pièce, récupérant l’idée d’hérésie pour faire le choix de prendre son propre chemin et de continuer de cultiver son doute. Les trois mégères, corsetées dans leur tenue de sport, sont viriles malgré leurs poitrines et tétons apparents. A titre personnel, j’ai été agacée par le jeu d’une des sorcières (Christine Guénon), faisant toujours les mêmes gestes, lents puis nerveux, à mesure que sa voix subissait de grandes variations au détriment des fins de phrases, inaudibles. Le jeu d’une sorcière repentie (Lymia Vitte), bien plus posé mais pas moins malicieux, est plus intéressant à observer. Le cadre du parvis Saint-Jean, à Dijon, est absolument idéal : la mise en scène de François Rancillac semble avoir été conçue sur place, alors qu’il s’agit d’une création du théâtre de l’Aquarium à Paris. Ce pamphlet laïcard proféré dans une enceinte religieuse ne manque pas de saveur. Néanmoins, on peut regretter l’éternelle caricature de la police cagoulée, très facile, et le débat sur le burkini qu’on espérait définitivement enterré ou traité avec plus de légèreté. La lourdeur est à déplorer aussi dans le discours très appuyé anti-récit national « ta petite France, ta petite crèche, tes petits santons, tes petits (…) » pour glisser vers les « petites croisades » et tout ce que l’on ressert inlassablement sur les plateaux TV d’un niveau intellectuel douteux. Peut-être était-ce le but ? Rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est le ressassement. Les sorcières semblent être à côté de la plaque à ce moment-là et il est difficile d’adhérer à leur discours. Elles sont détestables dans leurs propos et leurs actes. Pour l’auteure, Mariette Navarro, qui s’était fixée notamment comme consigne « d’éviter la bipolarité du débat médiatique », on repassera.

La petite phrase

« Lumière ? Lumière ? Quelqu’un a parlé de lumière ? C’est mon rayon. »

Contre-indication

  • Vous croyez tout ce que l’on vous dit

  • Votre slogan est « plus de procès, plus de progrès ! »


Pour étaler la confiture

L’écrivain et philosophe Régis Debray a remis, en 2002, un rapport au ministre de l’éducation nationale, Jack Lang, pour promouvoir le passage à une « laïcité d’intelligence » qui implique de devoir comprendre le religieux, par opposition à notre actuelle « laïcité d’incompétence » qui refuse de s’intéresser au fait religieux.