Les témoins

Mis à jour : 1 déc. 2019


La Manufacture des Abbesses - à partir du 28 août 2019 - de et mis en scène par Yann Reuzeau - avec Frédéric Andrau, Marjorie Ciccone, Frédérique Lazarini, Morgan Perez, Tewfik Snoussi et Sophie Vonlanthen - (c) Xavier Cantat

Synopsis copier-coller

Catherine, la rédactrice en chef ajointe, tente de conserver l’unité de ses troupes, au bord de l’implosion, alors que la rédaction accumule les enquêtes explosives. Cyril découvre le projet d’action terroriste d’un groupuscule écologique. Hassan suspecte qu’un pays ami ait exécuté un agent français (mais sa source est faible et il craint de relancer les graves tensions entre les deux pays). Rebecca met à jour une gigantesque histoire d’espionnage industriel perpétré par un proche du nouveau président. Romain, lui, découvre un embryon de résistance armée. Ils envisagent déjà un Coup d’Etat.

Alors ?

"L'extrême droite prend le pouvoir, la presse vacille" mentionne l'affiche du spectacle Les témoins. Une telle accroche ne laisse pas de place au doute sur l'intention de la pièce de Yann Reuzeau. Le candidat d'extrême droite, Thomas Mérendien, vient d’être élu président de la République. Stupeur dans la salle de rédaction où certains peinent à trouver les mots. Les témoins n'est pas le relais d'un journalisme d'opinion mais la frontière peut vite être franchie. L'intéressé ne se présentera pas mais son ombre planera tout le long de ces deux heures de représentation. Les journalistes ne parviennent pas à rester unis et chacun opte pour une stratégie ou une voie différente. Cette pluralité a le mérite d'interroger le spectateur sur sa propre réaction dans cette situation. Les enquêtes sont toujours menées de front au risque de faire affront au pouvoir. La montée en tension est immédiate et peut-être trop maintenue. En effet, les comédiens semblent avoir eu pour consigne "criez tant que vous le pouvez, avant qu'il ne soit trop tard". Le texte est heureusement très bien écrit et offre quelques répliques cocasses, ainsi que des pistes de réflexion fondamentales sur le métier de journaliste. Les femmes dans cette pièce ont de la poigne (quel bonheur !). A ce titre, j'ai été séduite par le jeu de Sophie Vonlanthen. Le plateau est malmené et accentue le registre déjà dramatique de la pièce mais l'effet est tout de même saisissant. Impossible de ne pas évoquer le dispositif utilisé pour diffuser le journal en ligne : un écran au fond de la salle projette le site internet. C'est brillant de réalisme.


La petite phrase

"Tu as fait deux heures de garde à vue et tu te prends pour Jean Moulin"