Mon coeur

Mis à jour : 1 déc. 2019


Théâtre Paris-Villette - jusqu'au 2 février 2019 - de et mis en scène par Pauline Bureau - avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rébecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier et Catherine Vinatier - (c) Pierre Grosbois

Synopsis copier-coller

« En 2014, j’entends Irène Frachon à la radio. Son courage et sa détermination me touchent. Je la rencontre. Elle me parle de son combat. Des malades pour qui elle se bat avec acharnement. Elle est là pour eux. Elle me donne les coordonnées de victimes du Mediator. Je vais à leur rencontre, chez elles. Paris, Lille, Marseille, Dinard… Je rencontre un des avocats qui les défend. Je m’intéresse au droit des victimes dans notre pays. Ça me passionne. J’écris. Beaucoup. Beaucoup trop. Je dois choisir ce que j’ai envie de raconter. Irène m’a amenée aux victimes et c’est d’elles dont je veux parler. J’écris l’histoire d’une femme qui contient un peu de chacune des personnes que j’ai rencontrées. Je l’appelle Claire Tabard. » Pauline Bureau

Alors ?

2011. Irène Frachon arrive en blouse blanche sur le devant de la scène. Elle expose un monologue sobre et tranché, dur et humain. Sans elle, point de scandale sanitaire du Médiator. 2001. Une patiente évoque avec son médecin ses difficultés à perdre les kilos qu'elle a pris pendant sa grossesse. Le dicton voudrait qu'elle ait 9 mois pour le faire et 9 mois pour les perdre. Mais elle n'y arrive pas, elle n'a le temps de rien. Son apparence est importante mais elle doit manger vite, un paquet de chips, pour s'occuper, seule, de son fils. "Ce qui est sûr, c'est que vous avez besoin d'aide : je vous prescris du Mediator" la sentence tombe de la bouche du toubib. Sans transition, une vidéo montre l'anniversaire joyeux de cette femme, Claire Tabard, qui représente les centaines, voire les milliers de victimes du médicament. Elle souffle ses bougies et le cœur est à la fête un très court instant. La musique prévient que patatras, tout va s'effondrer. La bande son est bien trop présente et surtout trop appuyée à mon goût. Le sujet plombe déjà l'ambiance. Mais si en plus on use de moyens pour faire tirer les larmes, mon cœur ne s'emballe pas. D'autant plus que le scénario est assez catastrophique car notre Claire va devoir subir une opération à cœur ouvert de 6 heures, où elle demandera - dans une scène pas très crédible - nue comme un verre sur le billard, que se passera-t-il si elle refuse l'intervention ? Elle accepte et se retrouve avec un traitement à vie, l'impossibilité d'enfanter une deuxième fois (de toute façon, elle n'arrive plus à avoir des relations sexuelles), un cœur qui fait tic-tac, sans compter sur le fait qu'elle soit cocue et virée de son job de vendeuse de lingerie. Ce n'est pas la grande forme, ni la tête des beaux jours, car elle ne décrochera d'ailleurs quasiment jamais un sourire. On passera le fait que son ex-compagnon oublie son anniversaire : lourdes et longues sont ces scènes, toujours accompagnées d'un son dramatique (au cas où le spectateur n'aurait pas compris qu'elle est au fond du trou). Seul Max, son fils, interprété de manière bluffante par Camille Garcia, apporte des touches de légèreté dans la détresse de Claire, "c'est clair". Puis, le spectacle bascule à l'arrivée de l'avocat et là, ça devient franchement intéressant. Certes, on reste dans la lourdeur avec une représentation très archaïque de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM pour les intimes). Heureusement que le jeu des comédiens est irréprochable. L'alignement de ces vieux croûtons - les experts retranchés derrière leur table de jury - aurait pu être grandement comique si le sujet n'était pas aussi grave et réaliste. Cette deuxième partie ravira ceux qui pensent que nos institutions sont les monstres les plus froids. Le côté politique a été trop délaissé au profit d'une recherche du pathos. La procédure devant l'ONIAM a duré trois ans : voilà une donnée factuelle à exploiter ! Mais on n'en saura pas plus : pourquoi est-ce aussi long ? Quels ont été les rapports de force et les discours dominant, à l'époque ? Nous aurons uniquement le droit aux questions indiscrètes et non complaisantes des experts. Pauvre Claire. Les droits de la victime, c'est donner un prix à la vie affirme l'avocat. En voilà, une autre réflexion : quel préjudice peut se monnayer et à quelle hauteur ? Le texte a été un peu trop écrit avec le cœur et manque... cette hauteur.

La petite phrase

"À partir de combien de morts employez-vous le mot drame ?"

Contre-indication

Vous êtes hypocondriaque


Pour étaler la confiture

L'auteure et metteuse en scène, Pauline Bureau, continue de surfer sur les scandales sociétaux contemporains : elle a écrit une pièce sur le fameux procès de Bobigny sur l'avortement. Cet engagement politique va être joué par le Français au théâtre du vieux-Colombier.