Orphée

Mis à jour : 1 déc. 2019


Lucernaire – jusqu’au 24 mars 2019 – de Jean Cocteau – mis en scène par César Duminil – avec Joséphine Thoby, César Duminil, Jérémie Chanas, Ugo Pacitto, Yacine Benyacoub et William Lottiaux

Synopsis copier-coller

Eurydice ne reviendra des Enfers qu’à condition qu’Orphée, son bien-aimé qui la vient chercher, ne la regarde pas avant d’être sorti du royaume des morts. Mais ce qui devait arriver… arrivera. Pourquoi diable Orphée s’est-il retourné ? L’architecture de la tragédie est là ; l’issue est inéluctable. Cependant le génie de Cocteau est de vriller ce cadre pour en faire une farce moderne, burlesque et onirique. Un cheval qui parle, des miroirs traversés, un vitrier qui lévite, c’est dans cet univers magique et haut en couleur qu’Orphée se débat pour tenter de sauver son amour. Ou plutôt son honneur ?

Alors ?

Sur un air d’opéra, nous voyons un homme assis sur une chaise, la tête baissée. Dans un décor en carton-pâte immaculé, les traits noirs font apparaître les éléments du décor : des portes, un buste, une bibliothèque et quelques mobiliers. Seul un écran apporte de la modernité, avec un cheval blanc qui hennit à mesure qu’on lui donne du sucre sous forme de disque optique. Orphée (César Duminil) en est complètement gaga, écoute le cheval comme on colle son oreille à un coquillage pour écouter la mer, au grand dam d’Eurydice (Joséphine Thoby). Cette dernière, pour se faire remarquer, casse notamment les carreaux de la porte où le vitrier (Jérémie Chanas), avec sa barbe pailletée, accourt pour réparer le cœur brisé. Étrange, n’est-ce pas ? Mais très séduisant et fantastique. Une maison où l’on est suspendu par la folie. César Duminil, endossant naturellement le rôle principal, a également grandement travaillé la mise en scène pour offrir un univers burlesque et poétique. La gueule enfarinée, les personnages incarnent des sortes de clowns intellos vivant dans un monde parallèle où la poudre est peut-être trop blanche ou, du moins, trop proche du nez. La farce se résume ainsi : Mme Eurydice reviendra des enfers que si Orphée la récupère et que son regard ne la caresse plus. Sur les conseils d’un ange-gardien, Orphée emprunte le miroir pour faire un voyage parmi les morts. Il y revient le teint rayonnant, chaussé de ses lunettes d'aviateur avec à ses bras sa bien-aimée. Mais ce qui dut arriver, arriva. Le e pacte n’est pas respecté, les yeux d’Orphée heurtent fatalement Eurydice. La Mort (William Lottiaux) se présente, majestueuse et gracieuse, gants en latex de rigueur, pour reprendre sur quelques pas de danse, celle qui lui est due. Le plaisir d’entendre le texte cocasse de Jean Cocteau est redoublé par l’énergie de cette jeune compagnie qui mérite de très amples encouragements (pour citer les derniers comédiens : Ugo Pacitto, Yacine Benyacoub). Brillamment drôle.

La petite phrase

"Plus il me maltraite, plus je l'aime"

Contre-indication

  • Vous ne portez pas de montre

  • Vous êtes monochrome