Perdu connaissance

Mis à jour : 1 déc 2019



Théâtre de Dijon Bourgogne - jusqu'au 19 octobre 2018 au Théâtre Dijon Bourgogne - du 8 au 19 novembre 2018 au T2G-Théâtre de Gennevilliers - puis en tournée en France - création collective - mis en scène par Adrien Béal - avec Pierre Devérines, Boutaïna El Fekkak, Adèle Jayle, Julie Lesgages, Etienne Parc et Cyril Texier - (c) Vincent Arbelet

Synopsis copier-coller

Six personnages autour d’une absente, qui a perdu connaissance. Chez elle, amis, collègues et famille se croisent. Parmi eux, l’un sort tout juste de prison, deux autres, en couple, se séparent à peine et s’interrogent sur la garde de l’enfant, absent lui aussi. Dans ces situations d’incertitude, avec ces inconnues, que décider : la résidence alternée ? Quelle réinsertion ? Et du lit vacant, que faire ? Tous se retrouvent dans la nécessité de fabriquer une histoire commune pour rationaliser le réel et agir. Et l’un révèle à l’autre ce qu’il ne sait pas, en présence d’un tiers qui peut-être sait, lui, déjà… Quel lien entre la fiction théâtrale et celle structurant tout dispositif social ? Au sein d’une société où tout serait alors récit, quel rapport entre l’objectivité (les faits et les lois) et la subjectivité (les impressions) ? Partageons-nous le même monde lorsque nous ne partageons pas le même savoir ? Adrien Béal et Fanny Descazeaux – artistes associés du TDB, poursuivent une recherche sur le langage théâtral et l’écriture de plateau. Ils inscrivent des problématiques politiques et philosophiques dans des situations familières et donnent corps aux idées. Acteurs et spectateurs, tous sujets d’une histoire qui s’écrit collectivement, font ensemble expérience sensible des savoirs.

Alors ?

En huit clos dans un bâtiment qui nous est familier en raison de ses chaises tube de couleur, les murs bicolores et le lino, nous sommes dans la loge de la gardienne d’une école primaire. Celle-ci est tombée dans le coma en faisant ses courses au supermarché. Personne n’a vu ce qu’il s’est passé. On l’a simplement retrouvée, là, par terre. La sœur de celle-ci l’apprend et va chercher à l’école la carte d’identité de la victime du malaise. La directrice de l’établissement la surprend en train de fouiller dans les affaires de la gardienne et prend connaissance de la malheureuse nouvelle. Elle lui propose d’être logée à la place de la gardienne en attendant que cette dernière se remette de son accident. Le contexte planté, une succession de bribes d’histoires viennent s’amonceler. Nous captons les problèmes des uns et des autres sans savoir ce qu’il s’est passé auparavant. Nous sommes réellement spectateurs. Nous sommes livrés à nous-mêmes. La pièce attise la curiosité et ne satisfera pas notre soif de savoir. Avec le recul, elle nous pousse à nous interroger sur la construction d’une fiction : « et s’il s’était passé ça ? Cela expliquerait la situation. » Une réécriture pour simplement vouloir connaître « la » vérité. C’est drôlement astucieux mais il manque cruellement quelque chose. J’ai trouvé ça très facile de laisser le spectateur faire entièrement le cheminement sans lui donner un peu plus d’outils pour comprendre un peu mieux les personnages. J’ai regretté que certaines histoires ne soient pas plus creusées, ou du moins développées, pour pouvoir passer le cap de l’interrogation et être en empathie. La tension est palpable dès le début, notamment grâce au jeu de la sœur qui cherche les papiers de celle qui est dans le coma (Julie Lesgages). Mais cette tension n’aboutit sur rien d’autre que la perplexité. Il ne se passe au final pas grand-chose. L’arrivée de l’ex-taularde (Boutaina el Fekkak) relaie au second plan l’histoire de l’accident sans que l’on sache pourquoi. Tout d’un coup, la directrice d’école et son époux (Adèle Jayle et Pierre Devérines) s’épanchent sur leurs sentiments et leur façon de vivre ensemble. L’ex-compagnon (Etienne Parc) de la sœur se retrouve avec une lourde charge familiale sans qu’il ait pu en toucher un mot. Et enfin, un parent d’élève (Cyril Texier) sorti de nul part raconte son problème avec son fils introverti. Le spectateur affectionnant la psychologie parviendra à toucher du doigt la démarche de cette jolie création collective : la vérité n’existe pas, la fiction est nécessaire.


La petite phrase

« Je pense qu’on devrait faire comme si ce qu’on a dit, on ne l’a pas dit »


Prérequis

La magie n’existe pas


Contre-indication

  • Une histoire commence par « il était une fois »

  • Une histoire finit par « et ils vécurent heureux »