Phèdre


de Racine - mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman - avec Bertrand Pazos, Raphaèle Bouchard, Raphaël Naasz, Pauline Bolcatto, Sophie Daull, Pascal Bekkar, Lucie Digout et Kenza Lagnaoui - vu le 08 janvier 2020 au Théâtre des Abbesses -

Synopsis copier-coller

Après une exceptionnelle traversée du théâtre de Corneille, Brigitte Jaques-Wajeman met en scène Phèdre, la plus célèbre, la plus mystérieuse tragédie de Racine. Dans Phèdre, Racine explore l’événement absolu qu’est le surgissement de l’amour. L’amour, monstre naissant, monstre dévorateur ! L’exploration des fantasmes, où l’amour, la haine, la mort ont le même visage, est ici poussée jusqu’aux limites de l’innommable. Le désir est perçu, par ceux qui l’éprouvent, comme une force étrangère qui subvertit les sujets, les rend méconnaissables à eux-mêmes. Un premier, un unique regard, et, tel un alien, il s’introduit dans les corps, s’en empare et les déchire, comme le monstre qui tuera Hippolyte. Racine ose montrer la jouissance dans laquelle les corps sont emportés, et qui bouleverse les protagonistes, parce qu’elle est interdite. Un combat inexorable se joue au coeur de la tragédie entre l’ombre et la lumière. Dans ce monde où l’expression des passions est à la fois empêchée et exaltée, l’aveu est d’autant plus terrible à dire. C’est dans une langue renversante de beauté que Racine écrit cette sublime tragédie du désir.

Alors ?

Phèdre, pièce de Jean Racine (1677), éponyme de celle éprise d'Hippolyte, le fils de son mari, affiche un amour immoral, et donc impossible. Coupable de ce désir, non réciproque, la malheureuse n'est "ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente" comme l'auteur l'a précisé dans son introduction. Comment exprimer cette dissonance ? Il fallait pour cela faire confiance à la magnifique Raphaèle Bouchard, à l'allure athlétique, se contorsionnant dans tous les sens. Les yeux perçants, le charisme tranchant et la posture fière, elle parvient à se montrer tant maître de son corps qu’assujettie à ses passions, comme si la douleur enfouie en son profond intérieur s'exprimait dans ses gestes. Elle adopte énergiquement des positions improbables. Il y a quelque chose de très animal et de redoutable. Ce jeu expressif fonctionne à merveille, lui donnant un cachet mystique. Une tragédie respectée de bout en bout par ses divins vers en alexandrins. Elle est sublimée par un décor tout en sable, de la peinture à la chaux au sol noir. Est-ce le désert ? Est-ce des cendres ? Est-ce un temple ? Impossible de le déterminer. Ce ne sont pas les deux formes géométriques qui donnent plus d'indice sur le lieu. C'est abstrait et harmonieux. Les robes brillent de leur satin et les costumes sont sobres et somptueux : bleu nuit, vert empire, doré ou encore blanc. Cette pièce a l'immense mérite de prouver, qu'avec une telle mise en scène, nous ne pouvons être las des classiques. Un grand merci !