Rituel 4 : Le Grand Débat

Mis à jour : 1 déc. 2019


Théâtre de la Cité internationale - jusqu'au 15 décembre 2018 - de et mis en scène par Émilie Rousset et Louise Hémon - avec Emmanuelle Lafon et Laurent Poitrenaux - dans le cadre du Festival d’Automne à Paris et de New Settings, un programme de la Fondation d’entreprise Hermès

Synopsis copier-coller

Rejouer sur scène un moment d’anthologie de la vie politique française : le traditionnel face à face du second tour de l’élection présidentielle. Quatrième opus de la série des Rituels démarrée en 2015 par Émilie Rousset et Louise Hémon, Le Grand Débat décortique cette grand-messe démocratique capable de rassembler toute une nation devant son petit poste de télévision. La scène du théâtre est transformée en plateau télé dont les images, montées en direct, sont projetées sur un écran au-dessus des acteurs. Coups bas et coups d’éclat, traits d’esprit, changements de cap, langage des corps… Le théâtre n’est jamais très loin ! Invités à réinterpréter une suite d’extraits construite à partir d’archives des débats de 1974 à 2017, Emmanuelle Lafon et Laurent Poitrenaux — deux as de la joute verbale — nous font revivre un condensé explosif de 43 ans d’histoire médiatique.

Alors ?

Le Grand Débat combine les sept face-à-face télévisés de l'entre deux-tours de l'élection suprême : la présidence de la République. Chirac, Royal, Jospin, Giscard, Hollande, Le Pen, Mitterrand, Macron, Sarkozy, depuis 1974, les candidats s'affrontent devant des caméras, à l'exception du débat de l'année 2002 qui ne sera pas pour autant occulté dans le spectacle. Ce sont donc des débats et l'homogénéité de certains speechs donnent la curieuse impression soit que ni l'époque ni les mots n'ont changé ("les français veulent plus de justice sociale") soit que nous sommes amnésiques. Spectateurs, il est difficile de deviner quel ex-candidat ou président est joué sur scène. Cela n'est pas très important, il permet de constater que la politique use de certains mots jusqu'à leur faire perdre leur substance. Magnifique exercice de sémantique qu'offre la pièce grâce à l'utilisation brute des débats. Les comédiens ne font pas (re)vivre stricto sensus la grande messe républicaine. Ils adoptent une posture d'une femme ou d'un homme politique sur la dernière ligne droite, du moins pour le début du spectacle. Ils restituent ce qui s'est dit, avec l'aide d'une oreillette : les acteurs/candidats sont des pantins qui crachent un discours écrit à l'avance. C'est une mise en abyme. Ils sont volontairement prisonnier d'un texte et de sa cadence. Ce jeu particulier - si je puis l'écrire - offre un côté décalé. On se souvient de la verve pompidolienne ou de la gouaille chiraquienne et on prendra du plaisir à ce que le phrasé soit revisité. La scène très réaliste respecte les éléments d'un plateau TV. Elle reste le garde fou qui continue d'indiquer que nous sommes toujours dans le cadre d'un débat politique, à défaut pour les comédiens de perdre l'aspect conventionnel de la chose. Un Grand Débat comme on ne l'a jamais vu.

La petite phrase

"Vous avez raison Monsieur le Premier ministre"

Contre-indication

Vous avez le monopole du cœur


Pour étaler la confiture

La préparation du débat de l'entre deux-tours fait l'objet d’âpres négociations sur la façon de filmer, la longueur de la table ou encore la température de la salle. Des questions existentielles et indispensable pour notre démocratie.