Roméo et Juliette

Mis à jour : 1 déc. 2019


Comédie-Française - jusqu'au 24 juillet 2018 - de de William Shakespeare - Mis en scène par Éric Ruf

Synopsis copier-coller


Pièce légendaire du répertoire, Roméo et Juliette est devenue, au fil du temps et des multiples adaptations dont elle a été l’objet, l’incarnation de l’histoire d’amour absolue. Or sous les couches de sédiments accumulés se cache un soleil noir fait de déliquescence politique, de haines familiales, de personnages complexes et insulaires, bien éloigné de la lecture romantique dans laquelle on l’a cantonnée. Car cette tragédie qui recèle quelques savoureux moments de comédie est une pièce de contrastes entre la naïveté d’adolescents éperdus, dont l’amour fulgurant tient de la prescience, et la violence programmée des Montaigu et des Capulet qui ensanglantent Vérone, mus par une rancœur ancestrale dont le sens même leur échappe.

Alors ?

Les lumières de la salle Richelieu sont encore allumées quand le comédien Bakary Sangaré entre en scène pour nous présenter de sa voix grave l'histoire de Roméo et Juliette et nous inviter à... éteindre nos téléphones portables. Le caractère un peu décalé du spectacle est annoncé. Le bal est ouvert ! Serge Bagdassarian fait danser la troupe et le public sur un chant italien populaire. Les comédiens virevoltent en tenue endimanchée au milieu d'un décor épuré aux tons nacrés. L'administrateur général de la Comédie-Française signe une mise en scène très esthétique où même les lavabos sont beaux, avec Roméo faisant office de sèche-mains à air pulsé pour sa belle Juliette. Cette dernière, interprétée par la divine Suliane Brahim, hypnotise le spectateur de sa grâce. Fraiche, insouciante, amoureuse, pétillante, légère et dramatique, Juliette est époustouflante. La scène du balcon, tant attendue, ne peut pas décevoir. Rien de trop mielleux, l'équilibre de la comédienne, sur un balcon qui n'en est pas un, est transposé dans l'échange avec son futur amant. Doux, romantique, drôle, le spectateur sourit presque niaisement, rit et reste impressionné par le côté spectaculaire de la scène (impossible de voir si la comédienne est assurée par un système de sécurité). C'est beau, on ne veut pas que la scène se termine. La bande Roméo-Mercutio-Benvolio, respectivement Jérémy Lopez, Pierre Louis-Calixte et Laurent Lafitte, forme un trio très complice. Le décalage entre le registre dramatique et les pincées comiques détonne : Juliette orchestre solennellement sa mort mais oublie de boire la fiole, le père de Juliette (Bruno Raffaelli) découvre sa fille morte en tablier à froufrou. Par ailleurs, la langue Shakespearienne s'efface pour laisser un langage contemporain. La recette fonctionne car le public est en émoi notamment face aux insultes crues. L'adaptation de l'oeuvre est pleine de ferveur et déploie une énergie sans la désosser de son caractère tragique. Puis, les touches comiques disparaissent définitivement pour laisser place à une fin solennelle et inévitable.


Contre-indication

  • Vous avez le vertige depuis votre balcon ;

  • Vous espérez à chaque fois que ça va bien finir pour Roméo et Juliette.

  • Vous ne supportez pas le mauvais timing.