Tchékhov à la folie

Mis à jour : 1 déc. 2019


Théâtre de Poche-Montparnasse - jusqu'au 14 juillet 2019 - de Anton Tchekhov - mis en scène par Jean-Louis Benoît - avec Émeline Bayart, Jean-Paul Farré et Manuel Le Lièvre - (c) Victor Tonelli

Synopsis copier-coller

Tchékhov disait de ces deux pièces courtes qu’elles étaient des « plaisanteries ». C’est pourtant avec elles qu’il va connaître ses premiers triomphes. Il n’a pas trente ans en 1888 et traverse une des périodes les plus heureuses de sa vie. Ce Tchékhov-là, joyeux, farceur, féroce humoriste, fait preuve dans ces miniatures pour la scène d’une violence grotesque incomparable. Que ce soit dans La Demande en mariage ou dans L’Ours, le tumulte, le rythme endiablé, la cocasserie des situations, la folie de ces personnages ahuris et furieux nous emportent loin du Tchékhov « chantre des crépuscules ».

Alors ?

En guise d'introduction, le directeur du Théâtre de Poche-Montparnasse, Philippe Tesson, nous prévient : ce n'est pas "un Tchékhov ordinaire" mais deux pièces courtes "très surprenantes par la gaité". La demande en mariage, suivie de L'Ours, des "plaisanteries" selon les termes d'Anton Tchékhov, reprennent bien les thèmes chers à l'auteur : la campagne, la famille et l'amour. Mais en effet, le registre est ici bien plus décoiffant et absurde. Ivan Vassilievitch Lomov (Manuel Le Lièvre) se présente à Natalia Stepanovna (Emeline Bayart), en habit du nouvel an. Contrairement à Stepan Stepanovitch Tchouboukov (Jean-Paul Farré), Natalia ignore qu'Ivan, malgré ses gants blancs, vient lui demander sa main. Elle se prend le bec avec son prétendant pour des histoires rustiques de terre, de chien et de chasse. Les querelles reprennent de plus belles, même lorsqu'elle a compris qu'il était venu mettre un genou à terre. C'est qu'elle a un sacré caractère de poissonnière, Natalia, balançant la table quand bon lui semble ou implorant le ciel pour qu'il revienne à elle. Monsieur, véritable démon de la contradiction, est plus sur la réserve, centré son hypocondrie, avec des positions de principe très fermes et une vision très romantique de l'engagement : "si on réfléchit trop longtemps, si on hésite, si on reste à parler et attendre l'idéal ou l'amour véritable, à ce train-là, on ne se mariera jamais". La comédienne Emeline Bayart excelle en femme virile qui défend son territoire et ses opinions : "vous m'offrez ma propre terre !?". Elle incarne la folie avec beaucoup de cocasserie. Sa gestuelle et ses mimiques  provoquent instantanément le rire du public. Elle est délirante. La seconde pièce, celle de L'Ours, ne démarre pas sur les chapeaux de roue comme La demande en mariage. C'est d'ailleurs presque dommage : le spectateur est encore étourdi de la farce qu'il vient de voir, qu'il se heurte aux problèmes d'argent de Grigori Stépanovitch Smirnov (Jean-Paul Farré). Celui-ci campe sur place, tant qu'il ne sera pas remboursé de la dette du défunt mari d'Éléna Ivanovna Popova (Emeline Bayart), tandis que Louka (Manuel Le Lièvre) ne sait plus trop quoi faire. Le rythme n'est plus aussi effréné, bien que la scène finale soit délicieuse. Les yeux du comédien Jean-Paul Farré, tout confus, ayant la frousse d'avoir provoqué un duel avec celle dont il tombe éperdument amoureux. La mise en scène de Jean-Louis Benoît, qui selon ses dires "est un théâtre de blague où tout doit paraître vrai. Il faut être crédible dans l'invraisemblable" mélange parfaitement le registre vaudeville et l'attachement que nous avons pour les personnages de Tchékhov. Entre les deux pièces, les décors de Jean Haas changent par parcimonie et avec intelligence. Le piège ruban à glu pour attraper les mouches trônant au milieu de la scène est à l'image du spectacle : on n'en décroche pas.

La petite phrase

"Le duel, c'est ça l'égalité des sexes"


Contre-indication

  • Vous avez 35 ans et vous n'êtes toujours pas marié(e)

  • Vous êtes une femme mijaurée avec des fossettes